» Colin Maillard  »…..

Colin Maillard : la Légende Sanglante à l’Origine du Petit Jeu

colin-maillart-enfants (1)( <= image du net )

   Colin Maillard, pratiquement tout le monde connait:  
  Qui ne s’est jamais  » pris une bûche  » ou cogné la tête en jouant, dans ses tendres années, à cette variante du jeu de chat où, les yeux bandés, il faut attraper ses petits camarades et les reconnaître en leur tâtant le visage ?
 Peut être même que les plus coquin(e)s de  »mes  » lecteurs  y ont joué à l’âge adulte…Mais çà c’est une autre histoire lol  ….

   Alors pourquoi évoquerais je  ce jeu de notre enfance, hormis la nostalgie ?
A cause de son nom,  » Colin Maillard  », qui est bien étrange d’après ce que j’ai lu …

  N.B : ( On peut écrire  » Colin Maillard  » ou  » Colin Maillart  ».
Les 2 orthographes sont admises et  liées  à l’origine du nom. )

   1 ) La première hypothèse consiste simplement à considérer qu’il s’agit d’un raccourci pour évoquer le fait que  » Colin poursuit Maillard  ».
Colin étant un diminutif de Nicolas, et Maillard un prénom de souche médiévale aujourd’hui inutilisée…

Pourquoi pas… 
   Si ce n’est que dans ce cas, il faudrait accorder Maillard au pluriel; or Colin Maillard est invariable.

    Plutôt que entrer dans un grand débat grammatical,( surtout que cette hypothèse n’est pas celle communément admise ) :

     2)   La suivante, qui elle , est souvent   » prise pour vraie  » ….

   Colin Maillart (avec un T cette fois) ferait référence à Johan Colley Malhars, un maçon-guerrier du pays Hutois évoqué dans  » La Geste de Liège  » : Une chanson de geste racontant l’histoire du Comté de Flandres qui aurait été écrite au 14ème siècle par Jean D’Outremeuse.

   Né dans une famille » nobliotte  » sans le sou, Johan Coley dut travailler dès son plus jeune âge.  » Taillé dans la masse  » et d’une force prodigieuse, il choisit le métier de maçon.

    En 998, le comte Lambert de Louvain déclencha une offensive afin de reprendre le comté de Huy au prince de Liège.
   Passant par là car venu  » retremper  » son marteau d’acier à Huy, Johan Coley, en bon patriote, décida de prêter main-forte aux Hutois assiégés.
   Ne pouvant enfiler aucune armure à cause de son  »gigantisme  », Johan se contenta de monter à cheval et se lança dans la bataille, son seul marteau à la main.

    Le molosse frappa si vaillamment , parait il , qu’à la tombée de la nuit, le comte Lambert sonna la retraite: il avait perdu 20.000 hommes tandis que les Hutois ne déploraient que 1.100 tués.

   Cet acte de bravoure valu à Johan Coley, quelques mois plus tard, d’être sacré chevalier par le roi Robert Capet (dit Robert II le Pieux, fils de Hugues Capet) qui, en hommage à son vaillant marteau, accola le surnom de Maillart (Malhars) à ses noms et prénoms.

   Johan Coley Malhars (francisé Jean Colin Maillart) participa dès lors à plusieurs autres batailles, toujours affublé de son maillet jusqu’à la bataille de Florennes où il fut blessé à la tête par les Brabançons.
   Les yeux crevés, le Hutois continua malgré tout de se battre, frappant tantôt au hasard, tantôt guidé par ses écuyers continuant ses ravages dans les rangs ennemis.

    Comme toute bonne chanson de geste,  » la Geste de Liège  »  n’est en rien prouvée  et la plupart des faits racontés relèvent objectivement de la propagande enjolivée  »à la gloire de qui de droit  ».

     Toujours est-il qu’elle permit à la légende de Colin Maillart de passer à la postérité en baptisant ce petit jeu enfantin, pourtant déjà pratiqué dans la Grèce Antique (sous le nom de  »  le jeu de la mouche de bronze  », évoqué dans les écrits de Pollux)

   Au fil des siècles, la limite entre légende et réalité tend à s’affiner :

   En effet , on trouve une référence sans équivoque au chevalier dans  » La Vent Paraclet  » de Michel Tournier en 1978 :

 »Ce guerrier gigantesque des Flandres qui se battait avec un maillet ; privé de la vue par une blessure, il fallut qu’un valet d’armes guidât désormais ses coups  »

 

Et si vous passez un jour par les Ardennes ( là d’où je viens ), faire une halte au Château de Landreville vaut la peine .
  On peut y admirer un  » portrait  » du légendaire guerrier sur une des cheminées de la demeure; ce château ayant prétendument appartenu à ses descendants exilés en France au 14ème siècle…johan-coley-landreville( Illustration trouvée sur le net )